Imprimé depuis le site Formindep / publié le jeudi 30 mars 2006 - par Philippe MASQUELIER

Scandale HAS-visite promotionnelle des firmes

Le ministère de la santé confirme le renoncement de l’indépendance de la HAS. Dans sa réponse à la question écrite du sénateur Guy Fischer, vice-président du sénat, il confirme le choix d’une visite promotionnelle des firmes auprès des médecins comme vecteur de diffusion des recommandations de la HAS. Le conflit d’intérêt est manifeste. Pour voiler le scandale, des mesures de contrôle sont mises en avant, alors que toutes les analyses sérieuses nationales et internationales ont montré leur inefficacité.

A la suite des révélations du Formindep, le premier juillet dernier, le sénateur Guy FISCHER posait une question écrite au ministre de la Santé concernant la diffusion de l’information médicale scientifique par les délégués commerciaux des firmes pharmaceutiques. [1]

La réponse du ministre est publiée dans le Journal Officiel du Sénat du 02/03/2006.

Cette réponse n’apporte rien de nouveau et se contente d’ânonner l’argumentaire de la HAS pour justifier son projet de sous-traitance aux firmes pharmaceutiques d’une mission majeure d’intérêt public : la diffusion des recommandations scientifiques aux médecins !

Nous reproduisons ci-dessous la fin de la réponse ministérielle :-

...En l’état actuel des vecteurs de communication vers les médecins, l’implication de la visite médicale comme canal de diffusion des documents de référence est un moyen efficace de s’assurer que ces documents parviennent à la connaissance des médecins et ainsi de favoriser le bon usage des médicaments. De plus, cette obligation, portant sur des documents établis ou validés par les instances publiques, et donc objectifs, permet d’équilibrer, voire de redresser, le message commercial et promotionnel des visiteurs médicaux....

Le Formindep rappelle que :

- Il est démontré que la visite commerciale des firmes est un moyen efficace de modification des comportements de prescription des médecins, en augmentant les prescriptions des médicaments, par le biais d’un élargissement de la cible, d’un dépassement des posologies, d’une sous estimation des risques d’interactions et de contre indications.
 [2] ; [3]

- Il est démontré que la visite publicitaire des firmes est un moyen tout-à-fait inefficace de remise aux médecins démarchés les fiches de résumé des caractéristiques du produit et de l’avis rendu par la commission de la transparence, malgré l’obligation légale qui lui est faite. [2] ; [4]

- L’efficacité de la visite publicitaire des firmes à générer de nouvelles prescriptions ne tient pas à la diffusion de support matériel argumentaire mais provient des liens affectifs tissés avec les prescripteurs, aux petits cadeaux remis, etc.
 [5]

- Il est donc illusoire de penser que l’éventuelle diffusion par la visite promotionnelle des firmes des recommandations de la HAS puisse favoriser le bon usage des médicaments.
 [6]

- La HAS a pour mission d’établir des recommandations médicales en fonction de l’état de la science en toute indépendance. Cet impératif d’indépendance doit se prolonger également dans les modes de diffusion. Une information est inutile si celui à qui elle est destinée ne se l’approprie pas (défaut d’implémentation). La société, à travers la HAS, doit se donner les moyens propres et indépendants pour remplir ces deux missions intimement liées, de diffusion et d’implémentation.

- Il est tout aussi illusoire de croire que la Charte de la visite médicale, signée entre le LEEM et le CEPS, puisse garantir l’application des obligations légales comme l’atteste la recherche réalisée par drugpromodatabase.
 [7]

Pour les membres du Formindep, la réponse du ministre de la Santé au sénateur Guy FISCHER n’est donc pas autre chose que la manifestation de l’incompétence et de la mauvaise foi de son auteur sur cette question. Il expose ainsi la population au risque sanitaire que constitue une information médicale biaisée, partielle et manipulée, livrée à des intérêts industriels et commerciaux.

Philippe Masquelier,
Médecin généraliste,
Président de la Promindep


[2Rev Prescrire 2005 ; 25 (259) :191