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mardi 15 juillet 2008 - par Jean-Marie VAILLOUD

Falsifications et inconduites en sciences

Le “ghostwriting” ou l’écriture en sous-main des articles médicaux

Quand l’auteur d’un article de recherche n’est pas celui qu’on croit

Le 12 novembre 2007, le Docteur Jean E. Sealey de la Cornell University (New York), spécialiste reconnue de l’hypertension artérielle, reçoit un message électronique qui la rend perplexe.
Ce message, émis par une employée d’une société britannique de consultants dans le domaine du médicament lui propose d’apposer son nom comme seul auteur d’un résumé d’article scientifique. Banal pour une chercheuse renommée, me direz-vous. Mais dans ce cas, le Dr Jean E. Sealey n’avait rien à faire, seulement à donner l’autorisation d’utiliser son patronyme.

La rédaction du protocole de recherche, l’inclusion des patients, la répartition des traitements, le suivi, la collecte des données, jusqu’à la rédaction du résumé qui devait être soumis exactement sept jours plus tard au comité de sélection d’un congrès international, tout était déjà bouclé.

En un mot, elle pouvait se contenter de signer au bas d’un travail déjà réalisé. En fait, il serait plus exact de dire devait. En effet, lorsqu’elle demanda à avoir accès aux données, le contact avec son interlocutrice fut brutalement rompu. [1]

Cette anecdote illustre parfaitement ce que sont les deux notions de “ghostwriting” et de “guest authorship”.

Le “ghostwriting” est le fait pour un auteur qui a contribué de façon éventuellement prépondérante à un travail scientifique de ne pas apposer sciemment son nom sur la liste des auteurs de ce travail, si celui-ci est publié. Pour donner une analogie, en littérature, on nomme cela un “nègre”.
Le “guest authorship” est la conséquence de la première notion. Le rédacteur fantôme va laisser sa place sur la liste des auteurs à un tiers qui n’a pas ou peu participé au travail scientifique.
Ces notions définissent l’écriture en sous main d’un article scientifique.

« Publish or perish » : publier ou périr

Publier ses travaux dans des journaux scientifiques, si possible prestigieux est fondamental pour un chercheur. Sa réputation personnelle, et les subsides qu’il est en droit de demander pour poursuivre ses recherches sont directement dépendants de la qualité et du nombre de ses publications.

Signer un travail scientifique, qui couronne des mois, des années, voire une carrière de recherche, engendre beaucoup de prestige, mais aussi beaucoup de responsabilités.
L’auteur principal qui assume la paternité d’une étude est responsable devant ses pairs de sa validité éthique et scientifique, de son honnêteté et de sa pertinence. Il apporte au travail scientifique sa caution morale. Il doit avoir accès à l’ensemble des données collectées au cours de l’expérimentation, afin de vérifier leur validité.
Un auteur qui s’est bâti “un nom” au fil de ses publications va acquérir une respectabilité et une “autorité” incitant les revues scientifiques à le publier, et les lecteurs à adhérer à ce qu’il a écrit. Il devient alors un leader d’opinion. On pourrait rapprocher sa signature au bas d’un article de celle d’un grand maître sur une toile.

L’industrie pharmaceutique est friande d’études scientifiques qui vont apporter des arguments en faveur de la prescription de telle ou telle molécule, tel ou tel dispositif. Une étude signée par un leader d’opinion apporte une plus-value commerciale considérable.
Une trame informelle d’intérêts convergents va ainsi se tisser entre les firmes pharmaceutiques et ces chercheurs leaders d’opinion, tous deux avides de publications.

La firme pharmaceutique, ou un prestataire de service va élaborer de A à Z un article scientifique, c’est-à-dire le protocole, le recrutement des patients, le suivi, le recueil des données, et la rédaction de l’article, et le proposer clés en main à un chercheur, de préférence spécialiste reconnu de la question. Le scientifique contacté n’a plus qu’à signer un article qui ne lui a demandé aucun travail, et qui étoffera sa liste de publications. Cerise sur le gâteau, il est rémunéré : par exemple, dans le cas des articles sur le Vioxx®, entre 500 et 1700 euros par article. [2]

Peut-on quantifier ce phénomène ?

Bien entendu, aucun signe de cette falsification n’est discernable en lisant un article. Aucun scientifique ne va crier sur les toits que son article paru dans une revue renommée a été conçu et écrit par un autre.

Deux équipes de chercheurs ont essayé de cerner l’ampleur du phénomène en 1998 et en 2002. La première a fait parvenir des questionnaires anonymes à des auteurs ayant donné leurs coordonnées au bas d’articles publiés en 1996 dans six journaux scientifiques, dont trois de tout premier plan (Annals of Internal Medicine, JAMA, The New England Journal of Medicine), et trois de moindre importance (American Journal of Cardiology, American Journal of Medicine, American Journal of Obstetrics and Gynecology). [3] 63 % des auteurs contactés ont répondu au questionnaire.
Le "ghostwriting" a une incidence comprise entre 6 et 13 %, le "guest authorship" entre 16 et 21 %, en fonction du type d’article publié (Tableau).

Tableau : prévalence de l’écriture en sous-main des articles scientifiques en fonction de leur type (3).
Prévalence du “ghostwriting ” Prévalence du “guest authorship ”
Articles originaux 13% 16%
Revues de la littérature 10% 26%
Éditoriaux 6% 21%

La seconde étude a utilisé la même méthodologie pour des revues de la littérature publiées dans la base Cochrane en 1999 [4]. Cette dernière est une base de données contenant des méta-analyses et des revues de la littérature basées sur des études scientifiques choisies pour leur qualité.
69 % des auteurs ont répondu au questionnaire.
Sur les 362 revues de la littérature analysées, 141 (39 %) comportaient au moins 1 auteur n’ayant pas participé à son élaboration (“guest authorship”), 32 (9 %) au moins un auteur non indiqué (“ghostwriting”) et 9 (2 %) les deux.

Un auteur principal d’articles originaux sur six, articles susceptibles in fine de déboucher sur une modification des recommandations internationales, et donc sur la prise en charge des patients, n’a pas participé au protocole scientifique, n’a peut-être pas eu accès aux données, et apporte une caution scientifique qui ne vaut rien. Cette proportion monte à 39 % pour les revues de la littérature de la base Cochrane.

Il ne s’agit donc pas d’un phénomène mineur.

Une illustration récente des dégâts provoqués par l’écriture en sous-main d’articles scientifiques est apportée par les différents procès concernant le Vioxx° (rofecoxib), aux Etats-Unis. Le Vioxx° était un médicament anti-inflammatoire commercialisé par la firme Merck, et retiré du marché mondial en 2004, après la mort par accident cardiaque de plus de 30 000 utilisateurs aux USA. Plusieurs dizaines de milliers de plaintes ont été déposées, et à ce jour elles ont coûté à Merck près de 5 milliards de dollars. [5], [6]

Les éléments du dossier d’instruction comprennent des messages électroniques des mémos, des notes de frais, des factures internes à Merck. Ils permettent de prendre conscience du caractère quasi industriel de cette fraude. Un article publié dans le JAMA en avril 2008 à partir de ces documents en fait la synthèse (2).
Entre 1996 et 2004, près de 96 articles présentant les caractéristiques d’une écriture en sous-main ont été publiés sur le Vioxx° (24 travaux originaux et 72 revues de la littérature). Seuls 92 % de ces articles originaux comportaient la mention d’un financement de la part de Merck. Ce chiffre tombe à 50 % pour les revues de la littérature. Bien entendu, la nature exacte de cette aide financière n’est jamais précisée. L’ensemble du processus scientifique, qui va de la conception du protocole à la rédaction du manuscrit est effectué dans son intégralité par des employés de Merck ou de sociétés prestataires dévouées à cette tâche.

Une fraude à identifier et à combattre

Suspecter, voire dépister cette fraude à la lecture d’une publication scientifique est une tâche difficile. Il faut rechercher en fin d’article des arguments qui laissent penser que les auteurs nommés en dessous du titre en sont bien les “vrais”.

Idéalement, on trouvera la reprise des critères de l’ICMJE (International Committee of Medical Journal Editors) qui précisent les conditions requises pour avoir droit au titre d’auteur, et la nature exacte de la contribution de chaque auteur. [7] De plus en plus de journaux scientifiques exigent ces précisions.

Deux exemples :

• «  Author Contributions : Dr Kronmal had full access to all of the data in the study and takes responsibility for the integrity of the data and the accuracy of the data analysis. » [8]

• «  Author Contributions : Dr Ross had full access to all of the data in the study and takes responsibility for the integrity of the data and the accuracy of the data analysis. Study concept and design : Ross, Hill, Egilman, Krumholz. Acquisition of data : Ross, Hill, Egilman, Krumholz. Analysis and interpretation of data : Ross, Hill, Krumholz. Drafting of the manuscript : Ross. Critical revision of the manuscript for important intellectual content : Ross, Hill, Egilman, Krumholz. Study supervision : Krumholz. » [9]

Ces exemples sont issus du JAMA, journal scientifique qui s’engage dans la lutte contre l’écriture en sous-main d’articles scientifiques.
Malheureusement, beaucoup d’autres journaux n’exigent pas la publication de ces données, et il est donc souvent impossible au lecteur de repérer de telles fraudes.

Si cette prise de conscience était effective au sein de la communauté scientifique mondiale, elle devrait déboucher sur une généralisation de la publication de la nature exacte des contributions de chaque auteur, ainsi que la mise en place de sanctions sévères à l’égard de tout contrevenant.
Des voix, dont celle de la rédactrice en chef du JAMA, s’élèvent pour un travail en amont ; pour rendre obligatoire l’inscription des auteurs dans un registre des essais cliniques préalablement à l’inclusion du premier patient, renforcer la valeur des déclarations d’intérêts, et desserrer l’étreinte de l’industrie pharmaceutique autour de la recherche clinique. [10]

Mais si prévenir et donner les moyens d’identifier cette fraude reste nécessaire, elle doit être également interdite et sanctionnée.

En juin 2008, l’Association of American Medical Colleges, qui regroupe toutes les écoles de santé états-uniennes vient de faire des recommandations, soutenues par les représentants des firmes pharmaceutiques, visant à interdire les pratiques d’écriture en sous main, dans l’ensemble des universités de médecine. Individuellement, certaines universités avaient ouvert la voie en interdisant expressément ces pratiques, comme celle de Stanford dès 2006 par exemple. [11], [12]

L’écriture en sous-main : une publicité rédactionnelle déguisée

L’écriture en sous main d’un article scientifique médical, collusion d’intérêts entre firmes pharmaceutiques et chercheurs, est fréquente, bien organisée et difficilement détectable pour le lecteur. Un tel article n’est rien d’autre qu’une publicité rédactionnelle déguisée. [13]

L’écriture en sous main d’un article scientifique n’est qu’une des composantes de l’influence des firmes pharmaceutiques dans l’ensemble du processus de soin depuis la paillasse du laboratoire jusqu’au malade.

Des critères de bonne qualité commencent à être mis en place dans les textes de certains articles scientifiques. Ils doivent être réclamés par les lecteurs, afin de devenir incontournables. Certaines organisations professionnelles médicales et quelques universités aux Etats-Unis ont pris la mesure de l’ensemble de ces conflits d’intérêts et de leurs conséquences néfastes, intellectuelles, financières et humaines.

Comme pour l’ensemble des méthodes d’influences commerciales et industrielles propres à créer des conflits d’intérêts, les médecins et scientifiques français n’échappent sans doute pas à ces pratiques. Là encore le silence ne signifie pas l’absence, mais plutôt l’ignorance et le refus par les professionnels et les autorités de santé en France de prendre en compte des attitudes nuisibles à la qualité de l’information et des soins.

Post Scriptum :

Conformément à l’article L 4113-13 du Code de la santé publique, l’auteur n’a déclaré aucun conflit d’intérêt relatif à cet article.

L’écriture de cet article a bénéficié d’une procédure de relecture collective au sein du collectif Formindep.

L’auteur remercie en son nom, et en celui du collectif Formindep les relecteurs qui ont bien voulu enrichir cet article par leurs remarques.

[2Ross JS, Hill KP, Egilman DS, Krumholz HM. Guest authorship and ghostwriting in publications related to rofecoxib : a case study of industry documents from rofecoxib litigation. JAMA. 2008 ; 299(15) : 1800-1812.

[5Article du Formindep : Arrêt de commercialisation du rofecoxib : halte à la désinformation !. Lien vérifié le 15/07/2008.

[8Psaty BM, Kronmal RA. Reporting mortality findings in trials of rofecoxib for Alzheimer disease or cognitive impairment : a case study based on documents from rofecoxib litigation. JAMA. 2008 ;299(15):1813-1817.

[9Voir référence 2.

[10DeAngelis CD, Fontanarosa PB. Impugning the Integrity of Medical Science :The Adverse Effects of Industry Influence. JAMA. 2008 ;299(15):1833-1835.

[13Publicité rédactionnelle : fausse transparence. Rev Prescrire 1998 ; 18 (180) : 62.

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  • samedi 13 septembre 2008 - par chantal74960 Repondre

    Le “ghostwriting” ou l’écriture en sous-main des articles médicaux

    Merci Docteur Vailloud pour ce message très intéressant, nous en apprenons tous les jours ou du moins à chaque nouvelle du Formindep.

    Je suppose que la même chose se passe en France !!!